Sep 10 2010

Pour une plus grande présence des femmes dans les conseils d’administration

Tribune publiée dans La Croix, le 9 septembre 2010 :

Les« affaires » politico-financières ont des répercussions multiples, souvent désastreuses. Celle qui a occupé le devant de la scène médiatique de l’été 2010 aura notamment eu pour effet de jeter la suspicion sur la capacité d’une femme pourtant hautement diplômée à obtenir un poste hautement qualifié sur la base de ses compétences, et non sur celle de ses relations.

Le Parlement, qui examinera à l’automne deux propositions de loi relatives à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration des sociétés françaises, va débattre de cette question, non pour raviver, espérons-le, le débat sur l’embauche de Florence Woerth, mais pour trouver un juste équilibre favorisant la présence des femmes dans les instances de direction des entreprises.

Rapporteur pour avis de ce texte pour la délégation aux droits des femmes, tous les éléments rassemblés jusqu’ici ont renforcé ma conviction : les freins rencontrés par les femmes, pourtant de plus en plus diplômées, compétentes et expérimentées, pour accéder aux postes de gouvernance des entreprises justifient que des mesures contraignantes favorisent leur entrée dans les instances de direction.

Rappelons que, fortes de leurs progrès dans le système universitaire, les femmes constituent désormais en France 41,2 % des cadres administratifs et commerciaux des entreprises. Pourtant, par un incroyable gâchis de ces réserves d’intelligence et de compétences, elles ne représentaient en 2009 que 10,5 % des membres des conseils d’administration du CAC 40.

Avant d’être un choix politique, la fixation d’un seuil obligatoire obéit au pragmatisme. Prenons l’exemple de la Norvège, qui a adopté en 2003 des dispositions visant à garantir l’attribution d’un seuil de 40% des sièges des instances de direction des entreprises au « genre » le moins représenté. Dès 2003, les Norvégiennes gagnaient 7 % de plus des sièges dans ces conseils, et atteignaient 39% en juillet 2008, à l’expiration d’une période transitoire.

Formulée dans les mêmes termes dans la proposition de loi UMP de l’Assemblée nationale et dans celle du PS du Sénat, l’obligation de respecter un seuil équilibré de représentation de chaque genre au sein des instances de direction devrait être d’abord une garantie de bonne gouvernance et de meilleures performances pour l’entreprise.

Enjeu économique, tout autant qu’enjeu de justice sociale et de démocratie, l’accroissement de la présence des femmes dans les instances décisionnelles se justifie d’abord par un constat simple : de plus en plus formées, les femmes ont prouvé leurs compétences et leurs talents, leur capacité à trouver des solutions par une multiplicité d’approches.

Nous n’atteindrons sans doute l’objectif souhaité que si nous édictons des règles plus strictes de cumul des mandats sociaux. Ce volet, non abordé dans le texte issu de l’Assemblée nationale, mais prévu dans la proposition de loi du Sénat, me semble être une condition indispensable à la réussite du dispositif. Il nous faut limiter le nombre de postes occupés par une même personne dans divers conseils d’administration ou de surveillance, mais aussi convaincre les titulaires de mettre fin à une obscure pratique de consanguinité en laissant leur place à des femmes qui ne soient pas forcément les « leurs » (épouses, filles, nièces…). La présence accrue de femmes devrait aussi aller dans le sens de l’indépendance et de l’intégrité de ces instances. Les études ont prouvé que les femmes sont généralement plus assidues dans les conseils d’administration et plus soucieuses de l’intérêt général que du respect hiérarchique, ce qui les amène à davantage contrôler les dirigeants.

La table ronde organisée au Sénat le 13septembre, qui réunira ministres, experts internationaux, femmes chefs d’entreprise et représentants institutionnels, devrait nous permettre d’avancer dans cette voie. Ce n’est plus seulement une question d’équité ou de justice. C’est un enjeu de croissance et de compétitivité, dans l’intérêt de notre société et de notre économie.

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