Mieux me connaitre, un reportage
de la chaine Public Sénat

En quelques dates-clefs :

1955. Naissance en Algérie
1975-79. Premières expatriations, en université aux Etats-Unis et en Tchécoslovaquie
1985. Mariage avec un ressortissant britannique, Tony Maylam. Installation à Londres
1988. Élection au Conseil supérieur des Français de l’étranger (Grande-Bretagne et Irlande) J’y resterai 16 ans
1995- 2004. Élection comme suivante de liste des sénateur Xavier de Villepin et Hubert Durand-Chastel.
2000. Élection comme première vice-présidente du CSFE
2004. Élection au Sénat (à la tête d’une liste UMP. Trois sièges obtenus sur les quatre en jeu. « Meilleur résultat du Sénat »)

Pour en savoir un peu plus…

Parler de soi, surtout sur un site Internet, est un exercice difficile. Mais, pour un élu, il y a un certain devoir de transparence, et de sincérité.  Car tout parcours peut éclairer des choix de vie, des engagements, des valeurs.
Je suis née en Algérie, le 20 Mars 1955,  un dimanche de Laetare (« Réjouissez-vous » m’ont toujours dit mes parents), premier jour du Printemps qui deviendra, quinze ans plus tard, le 20 mars 1970, la date de naissance de la Francophonie. Cette naissance en Oranais, d’un père lyonnais et d’une mère pied-noir, issue d’une vieille famille d’origine espagnole, ancrée à cette terre méditerranéenne et à ce peuple si proche, a sans nul doute été une immense chance, m’ouvrant dès mon plus jeune âge au partage et au dialogue des cultures, me donnant aussi à jamais le goût de la lumière, des couleurs, des saveurs, des rires et des parfums de mon enfance.
En 1962 c’est le retour en France. Certes je suis encore un peu trop jeune pour appréhender tous les enjeux de l’indépendance algérienne. Mais il me reste à jamais le souvenir de toute cette douleur de ces personnes arrachées à cette terre qu’ils aimaient et où ils pensaient finir leurs jours, otages d’une histoire qui s’accélérait et les dépassait.  Douai, Reims, Alès. Scolarité sans histoire, avant de rejoindre en 1972 l’université de Montpellier.
Trois ans plus tard, en 1975, première expatriation, aux Etats-Unis, comme lectrice de français en université, à Antioch, Ohio, tout en préparant une maîtrise en histoire américaine. J’ai à peine 20 ans et rêve d’écrire l’histoire de l’émigration française aux Etats-Unis, mais mon directeur, qui sait que je parle le tchèque (étudié 3 ans à la fac) et que je suis impliquée dans la lutte pour les droits de l’homme de l’autre côté du mur,  me persuade qu’une « histoire de l’émigration tchèque aux Etats-Unis de 1848 à 1918 » serait beaucoup plus utile.. S’ensuivront deux autres années à l’étranger, l’une à l’Université de Prague, l’autre à Yale, avec une bourse de la Fondation Rotary, et une passion pour toutes les questions liées aux migrations internationales.
De retour de Yale en 1979,  je me détourne de la carrière d’universitaire que j’envisageais alors pour accepter l’offre du président d’une très grande banque française et entrer dans son département de droit international, que je quitterai pour aller faire, bénévolement, la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing, où l’on me confia la responsabilité des deux comités de soutien nationaux, Rapatriés d’Algérie et Anciens Combattants.  Une décision surprenante aux yeux de tous, mais qui me semblait alors une nécessité. Après une année à Prague, coïncidant avec les pires moments de répression, j’avais conçu une haine farouche du communisme soviétique et avais pensé que seul un combat politique pourrait peut-être aider les peuples de l’autre côté du Mur à s’affranchir du totalitarisme.
C’est ainsi que je suis entrée en politique, dans le mouvement centriste des démocrates-chrétiens, le CDS, alors présidé par Jean Lecanuet, parce qu’il me semblait beaucoup plus impliqué que les autres partis dans la défense de ces droits de l’homme et des idéaux de justice et de liberté qui m’étaient chers, et qu’il était aussi plus ouvert à l’international.  Jamais alors je n’aurais pu m’imaginer en première ligne, comme élu ou comme parlementaire. Ma seule ambition (et elle me semblait alors démesurée !) était alors de pouvoir informer, témoigner, conseiller, peser dans le débat, et surtout lutter contre le communisme !  A titre d’exemple, je refusais même en 1983 la place assurée de Conseiller de Paris que m’offrait le député-maire du 16ème arrondissement de Paris où je résidais alors, Georges Mesmin. Nous avions travaillé ensemble dans le domaine des droits de l’homme et de la Conférence d’Helsinki, et, me disait-il, il croyait en l’avenir politique des femmes et en voulait absolument une en bonne place sur la liste qu’il conduisait.  Au lieu de cela, j’allais m’inscrire comme simple militante dans le 13ème arrondissement. Je n’y avais jamais mis les pieds auparavant, mais on le disait acquis à la gauche (il a été en fait gagné par Jacques Toubon), et j’estimais que c’était là qu’il fallait me battre…
Après l’échec de Giscard, j’avais décidé de m’éloigner de la politique « à plein temps », et d’acquérir une expérience en entreprise, hors secteur juridique et bancaire. Après une recherche par petites annonces, je rejoignais l’Orfèvrerie Christofle pour quelques années passionnantes,  jusqu’à ce que je rencontre, lors d’un déplacement  à Londres, celui qui allait devenir mon mari, Anthony F.  Maylam (plus connu, comme réalisateur et producteur de films sous le nom de Tony Maylam) et que je l’épouse en 1985.
Une nouvelle vie commençait, très loin en principe de la politique, mais celle-ci allait vite me rattraper…
En 1988 arrivait une nouvelle campagne présidentielle, et, m’étant déjà beaucoup impliquée dans la vie associative britannique, je ne pouvais rester les bras croisés. Je m’engageais donc dans l’organisation de la campagne de Raymond Barre en Grande-Bretagne. Secrétaire général du comité de campagne, sous la présidence d’un homme remarquable à la mémoire duquel je tiens à rendre hommage, Octave Begougne de Juniac, nous devenions très vite le premier comité barriste à l’étranger, avec près de 800 membres. Dans la foulée, j’entrai au Conseil supérieur des Français de l’étranger (CSFE) pour y représenter les Français de Grande-Bretagne et d’Irlande. Systématiquement réélue lors des scrutins suivants, j’y restais jusqu’à mon entrée au Sénat en 2004.
Ces 16 ans au CSFE ont été pour moi d’une immense richesse humaine. Mes implications associatives, tant pour nos compatriotes expatriés que sur les questions européennes ou dans le domaine caritatif, pour les plus démunis et pour les handicapés  m’ont confortée dans mon désir d’être encore plus, encore mieux utile à la collectivité et à mon pays, la France. Dans la conviction aussi que chaque français hors de nos frontières nationales a un rôle très important à jouer pour le rayonnement de notre pays, pour une meilleure compréhension entre les peuples et les cultures et qu’il était de mon devoir de les aider à mieux s’organiser, à mieux progresser.
Éprise de justice et de respect des autres, passionnée d’international, j’ai continué parallèlement à travailler comme juriste international, comme directrice de relations internationales (par exemple à la London Business School) mais aussi comme expert-consultant dans de grands établissements ou organismes internationaux, parce que cela me laissait un peu plus de temps pour m’occuper de mes compatriotes, mais aussi des plus démunis.
Le droit, par définition confronté aux évolutions de la société, est une matière adaptable, perfectible donc. Dès lors, la voie vers un rôle de législateur s’est peu à peu imposée à moi…

En 1995, j’étais élue dans le cadre des primaires du groupe UDF à la deuxième place derrière le Sénateur sortant Xavier de Villepin, sans doute un des hommes qui m’a le plus profondément marquée, et dont j’ai toujours cherché à suivre l’exemple, fait de travail, de rigueur, d’humilité  et de désintéressement. Nous aurions sans doute pu alors gagner deux sièges de sénateurs. Mais, afin de faire le meilleur score possible, j’acceptais de descendre à la troisième place, laissant la seconde à un autre sénateur sortant, Hubert Durand-Chastel, non-inscrit, qui n’aurait jamais pu être réélu ailleurs que sur notre liste. Il avait alors 77 ans, devait rester un maximum de 2 ou 3 ans, mais est resté.. l’intégralité des 9 ans de son mandat, jusqu’en 2004.

En 2000, je devenais première vice-présidente du CSFE (son président étant de droit le ministre des affaires étrangères) et m’investis dans le développement et la promotion de cette assemblée, alors quasiment inconnue. Avec mes deux collègues vice-présidents, la sénatrice Monique ben Guiga et Joel Pichot, élu de Mauritanie, nous obtînmes ainsi quelques belles avancées, la participation aux points presse du Quai d’Orsay, les premiers reportages télévisés et les tout premiers spots publicitaires (gratuits !) sur TV5 monde lors du renouvellement des conseillers en 2003 ! Nous réalisâmes aussi le tout premier dépliant de présentation de l’Assemblée, sa toute première affiche, mais aussi  la toute première photo officielle de l’assemblée (Aussi incroyable que cela paraisse, personne n’avait jamais pensé auparavant à en faire une, et toutes les recherches dans les Archives du Quai pour tenter d’en trouver une se sont avérées vaines..)

C’est tout naturellement que je décidai de me présenter aux élections sénatoriales de 2004…
Ayant gagné les primaires au sein de mon groupe UDF (devenu UDIL Union des démocrates, des indépendants et des libéraux) j’avais préparé une plaquette de candidature, lorsque l’on m’annonça fin août que nous ferions en fait une liste commune avec un autre groupe, présidé par le sénateur Christian Cointat qui prendrait la tête de cette liste. Puis, retournement brusque de situation. Au tout début septembre, alors que je me trouvais en réunion aux Invalides pour préparer la cérémonie d’apposition d’une plaque à la mémoire des Français de l’étranger morts pour la France (curieusement, alors qu’il en existe de nombreuses dans différents pays du monde, il n’y en avait aucune en France pour marquer notre reconnaissance à tous ces anonymes venus mourir pour notre pays), j’apprends que c’est moi qui devrais prendre la tête de cette liste d’union, Christian Cointat se sacrifiant pour ne prendre que la deuxième place de cette liste afin de tenter de faire entrer au Sénat une femme de son groupe, Christiane Kammermann. 26 septembre 2004. C’est le grand bonheur. La liste que j’ai l’honneur de mener gagne 3 des 4 sièges en lice et réalise le meilleur score du Sénat…

Voilà donc comment j’ai franchi les différentes étapes qui m’ont amenée au Sénat, cette Haute Assemblée qui est aussi « la Maison des Français établis hors de France ».
Je réalise que j’ai une chance considérable, mais que ce privilège de représenter nos concitoyens de l’étranger se mérite, et qu’il me confère des devoirs encore plus importants. J’aime passionnément ce que je fais. J’ai voyagé dans le monde entier à la rencontre des mes compatriotes et de nos amis étrangers. J’ai exprimé la voix de la France dans les plus hautes instances internationales. Je me suis « défoncée » sur beaucoup de dossiers internationaux importants (lutte contre les armes à sous-munitions, déplacements d’enfants,  adoption internationale, défense des femmes et des enfants dans le monde) mais aussi sur une multitude de dossiers individuels, pour lesquels il n’y a pas plus grande joie que le bonheur de voir se réparer une injustice. J’ai beaucoup appris. Mais j’ai encore beaucoup à apprendre, et beaucoup à faire pour me montrer digne de l’honneur immense qui m’a été donné de représenter les Français de l’étranger au Sénat…

En ces temps où il est courant de considérer les politiques comme inutiles ou nuisibles, je crois plus que jamais au travail pour la collectivité, au dialogue avec mes concitoyens et au volontarisme dans l’action, sans lesquels la démocratie serait en péril. Je crois aussi à la nécessité d’un renouvellement de la classe politique et à la nécessité absolue, sous peine de sclérose ou de clientélisme,  de limiter le nombre de mandats successifs que peut exercer un parlementaire. Je crois enfin à la nécessité d’une éthique sans faille, au partage des responsabilités, à l’élimination des cumuls et conflits d’intérêts, à la transparence et à l’exemplarité des élus.

Questionnaire à la manière de Proust :

Vos qualités préférées chez l’homme ou la femme ?
l’humour, la fidélité, la droiture, la courtoisie

Les défauts que vous détestez le plus ?
le cynisme, l’arrogance, la méchanceté, la malhonnêteté

Votre vertu préférée ?
le désintéressement

Votre occupation favorite ?

l’observation et l’écoute

Votre caractéristique maîtresse ?

le souci de bien faire

Votre idée du bonheur ?
un jardin au soleil avec mes proches

Votre idée du malheur ?
la perte des miens

Votre couleur préférée ?

le bleu indigo

Et votre fleur préférée ?
les jacinthes des bois

Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous ?
un goéland

Où aimeriez-vous vivre ?
en pleine nature (mais pas trop loin d’une capitale !)

Vos auteurs préférés en prose ?

Gabriel Garcia Marquez, Marguerite Duras, Faulkner, Arundhati Roy, Saint-Exupéry, Tocqueville, Montesquieu, Pierre Loti

Vos poètes préférés ?
Baudelaire, Rimbaud, René Char, Paul Eluard

Vos peintres préférés ?
Bonnard, Caravage, Dürer, Pissarro, Matisse

Vos compositeurs préférés ?
Mahler, Liszt, Haendel

Vos héros préférés dans la vie réelle ?
Jean Moulin, Lech Walesa, Vaclav Havel, l’Abbé Pierre

Vos héroïnes préférées dans la vie réelle ?
Marie Curie, Olympe de Gouges, Aung San Suu Kyi, Jane Goodall, ma mère… et beaucoup d’autres

Vos héros préférés dans la fiction ?
Astérix, Mr Bean, et Jefferson Smith (dans le merveilleux film de Capra, « Mr Smith au Senat »)

Vos héroïnes préférées dans la fiction ?

Aucune !

Votre mets et votre boisson favoris ?
les fruits de mer, le thé vert au jasmin

Votre bête noire ?
le temps qui passe trop vite

Quels personnages historiques méprisez-vous ?
Tous ceux qui ont usé de la force et de la manipulation dans la poursuite de leur seul profit personnel

Quel est votre état d’esprit présent ?

je m’interroge…

Pour quelle faute avez-vous le plus d’indulgence ?
l’impatience

Comment aimeriez-vous mourir ?
Meilleure

Si vous deviez avoir une épitaphe ?
Elle a fait son maximum